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Illustration & animation

Illustration traditionnelle ou numérique : faut-il vraiment choisir ?

Nico & Lino

Recherches et croquis préparatoires pour une illustration

Du geste sur papier à la liberté de l’écran

Crayon, encre, acrylique ou tablette graphique : l’illustration traditionnelle et l’illustration numérique développent des qualités différentes. Lino défend la matière et le geste ; Nico apprécie la liberté de correction du numérique.

Crayon, encre, acrylique, tablette graphique, Photoshop ou Fresco : l’illustration peut aujourd’hui naître aussi naturellement sur une feuille de papier que sur un écran. Le numérique a profondément transformé les méthodes de travail sans pour autant rendre les techniques traditionnelles obsolètes.

Les deux approches n’offrent pas les mêmes sensations, les mêmes contraintes ni les mêmes possibilités. Elles peuvent aussi parfaitement cohabiter dans un même projet.

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Avant l’outil, il y a le dessin

Qu’une illustration soit réalisée sur papier ou sur tablette, les questions fondamentales restent les mêmes : composition, proportions, lumière, couleurs, narration et hiérarchie du regard.

Un logiciel ne remplace ni l’observation ni l’intention. Il intervient dans une méthode de travail, mais ne décide pas à la place de l’illustrateur.

C’est pourquoi une formation ou une pratique régulière du dessin traditionnel reste extrêmement utile, même pour quelqu’un qui travaille ensuite presque exclusivement en numérique.

Le traditionnel impose une relation directe avec le support

Sur papier, carton ou toile, chaque outil réagit physiquement à la surface. Un crayon accroche différemment selon le grain, une encre diffuse plus ou moins, une brosse laisse une trace spécifique.

Cette matérialité influence directement le résultat. Le geste n’est jamais totalement séparé du support.

Une irrégularité, un débordement ou une texture inattendue peuvent devenir une partie intégrante de l’image au lieu d’être considérés comme des erreurs à supprimer.

Le papier ne possède pas de bouton Annuler

C’est évidemment une contrainte. Une décision maladroite peut demander une correction, une adaptation ou parfois un nouveau départ.

Mais cette contrainte oblige aussi à observer davantage avant d’agir. Le trait gagne souvent en intention parce que chaque geste compte.

Le dessin traditionnel développe ainsi une forme de confiance progressive : apprendre à accepter l’imperfection, à composer avec elle et à utiliser les accidents plutôt que chercher systématiquement à les effacer.

L’acrylique : le terrain favori de Lino pour la peinture

Lorsqu’il s’agit de peinture traditionnelle, Lino défend clairement l’acrylique. Elle sèche rapidement, permet de superposer les couches, de travailler en aplats comme en matière et accepte aussi bien des passages opaques que des jus plus transparents.

Elle peut être utilisée sur papier épais, carton préparé, bois ou toile. Sa rapidité de séchage oblige à décider vite, mais facilite aussi les reprises et les superpositions.

Pour une illustration, cette technique permet de construire une image progressivement tout en conservant une vraie présence de la matière. Les traces de pinceau restent visibles, les couleurs possèdent une densité et l’original existe réellement en dehors de l’écran.

Le numérique libère l’expérimentation

Sur tablette ou dans Adobe Photoshop, il devient possible de modifier une couleur, déplacer un personnage, corriger une proportion ou tester plusieurs compositions sans recommencer l’ensemble du dessin.

Les calques permettent de séparer le trait, les couleurs, les ombres et les effets. Les sélections et transformations accélèrent certaines corrections qui demanderaient beaucoup plus de temps sur papier.

Pour Nico, cette souplesse est un avantage considérable : elle encourage à tester davantage de variantes avant de valider une direction.

La tablette ne dessine pas à la place de l’illustrateur

Un écran, un stylet et une bibliothèque de pinceaux ne garantissent pas une bonne illustration. Les fondamentaux restent exactement les mêmes.

Le numérique peut même rendre certaines erreurs moins visibles pendant un temps : zoom excessif, multiplication des calques ou corrections permanentes peuvent donner l’impression de progresser alors que la composition générale reste fragile.

Il faut donc apprendre à utiliser les outils numériques sans les laisser dicter la manière de dessiner.

Photoshop, Fresco et SketchBook : plusieurs manières de dessiner

Photoshop reste très puissant pour la peinture numérique, les textures et les finitions. Adobe Fresco propose une approche plus proche du carnet de dessin avec des pinceaux pensés pour le stylet et des outils qui cherchent parfois à reproduire le comportement des médiums traditionnels.

SketchBook offre également une interface très directe pour le croquis et l’illustration. Le bon logiciel dépend surtout du rapport que l’on souhaite entre spontanéité, organisation et finition.

La formation Du croquis à l’image finalisée permet justement de travailler cette progression entre recherche, dessin et finalisation.

La couleur ne se comporte pas de la même manière

Sur écran, les couleurs sont lumineuses parce qu’elles sont produites par la lumière. Sur papier, elles dépendent des pigments, du support et de l’éclairage environnant.

Une couleur très vive sur écran peut devenir plus terne à l’impression. À l’inverse, certaines matières traditionnelles possèdent des nuances et des reliefs difficiles à reproduire fidèlement en photographie ou en scan.

Comprendre cette différence est essentiel lorsqu’une illustration traditionnelle doit ensuite être numérisée et imprimée.

Numériser une illustration traditionnelle fait partie du travail

Une œuvre réalisée sur papier ou toile doit souvent passer par une étape de photographie ou de numérisation avant d’être utilisée dans une brochure, sur un site ou dans une impression.

Il faut alors corriger la balance des blancs, les contrastes, les poussières éventuelles et parfois reconstruire certaines couleurs pour se rapprocher le plus possible de l’original.

Photoshop redevient ici un allié du traditionnel : le numérique ne remplace pas l’œuvre, il prépare sa reproduction.

Le numérique facilite naturellement les corrections client

Dans un projet professionnel, les retours font partie du processus. Modifier la couleur d’un vêtement, déplacer un élément ou changer un cadrage est souvent beaucoup plus simple lorsque l’image a été construite par calques.

Sur une peinture traditionnelle, certaines demandes peuvent nécessiter une reprise physique complexe ou une correction numérique après numérisation.

Cela ne rend pas le traditionnel moins professionnel. Cela signifie simplement que le niveau de validation avant exécution doit être plus important.

L’original possède une valeur que le fichier numérique n’a pas

Une illustration traditionnelle produit un objet unique. Une feuille, une toile ou un carton porte les gestes, les repentirs et la matière de sa réalisation.

Cet original peut être exposé, vendu, photographié ou conservé. Il possède une présence physique indépendante de ses reproductions.

Une illustration numérique existe d’abord comme fichier. Elle peut être reproduite à l’identique et déclinée facilement, ce qui constitue un avantage évident pour la production, mais crée un rapport différent à l’objet.

Pourquoi ne pas combiner les deux ?

De nombreux workflows commencent par un croquis traditionnel avant de passer au numérique. Une texture peinte à l’acrylique peut être scannée puis intégrée à une illustration réalisée dans Photoshop. Un dessin à l’encre peut être nettoyé, colorisé et animé.

L’inverse est également possible : une composition numérique peut servir de recherche ou de préparation avant une exécution finale traditionnelle.

La frontière entre les deux univers est donc beaucoup moins rigide qu’elle n’en a l’air.

Illustration traditionnelle ou numérique : deux temporalités différentes

Le numérique favorise la vitesse de correction et la multiplication des variantes. Le traditionnel impose souvent davantage de préparation avant l’exécution finale.

Cette différence influence la manière de réfléchir. En numérique, on peut essayer puis revenir en arrière. En traditionnel, on cherche parfois plus longtemps avant de poser le geste définitif.

Les deux méthodes développent donc des qualités différentes, toutes deux utiles à un illustrateur.

Alors, laquelle choisir ?

Pour un projet devant être beaucoup décliné, corrigé ou animé, le numérique offre une grande souplesse. Pour une image dont la matière, le geste et l’existence d’un original sont importants, le traditionnel possède une force particulière.

Pour progresser, pratiquer les deux est probablement encore plus intéressant. Le traditionnel développe l’observation et le geste ; le numérique apprend à organiser, modifier et préparer efficacement une image pour sa diffusion.

Comme souvent, ce n’est donc pas l’outil qui décide de la qualité du résultat, mais la manière dont il est utilisé.

L’avis de Nico

Le numérique apporte une liberté de recherche que j’apprécie énormément. Pouvoir tester une couleur, déplacer une composition ou reprendre un détail sans recommencer toute l’image permet d’aller plus loin dans les variantes.

Photoshop reste pour moi un outil particulièrement naturel dès que l’on veut peindre, texturer ou finaliser une illustration. Mais cette liberté fonctionne vraiment lorsqu’elle repose sur de bonnes bases de dessin.

L’avis de Lino

Une feuille, un pinceau et de l’acrylique. Là, au moins, chaque geste existe réellement quelque part et ne disparaît pas parce qu’on a appuyé quinze fois sur Ctrl+Z.

J’aime la matière, les traces de pinceau, les couches qui restent visibles et les accidents qu’il faut transformer plutôt qu’annuler. Quand je peins, l’acrylique reste mon choix : rapide, dense, superposable et suffisamment indisciplinée pour ne pas donner exactement le même résultat deux fois.

Ensuite, oui, Photoshop peut venir nettoyer le scan. Il faut bien laisser Nico participer.

Ce n’est pas une obligation absolue, mais les bases de dessin, de composition et d’observation restent les mêmes. Une pratique traditionnelle aide souvent à développer ces réflexes sans dépendre des outils logiciels.

Une tablette ne remplace ni l’œil ni la main. Commencer sur papier évite surtout de croire qu’un nouveau pack de pinceaux va régler les proportions tout seul.